Le soleil d’Addis-Abeba frappait déjà fort sur les murs ocres du lycée Guebre-Mariam. À travers les arbres qui bordaient la cour, le bourdonnement familier des classes en pleine effervescence montait comme une marée lente. Pourtant, ce matin, je ne rejoignais pas mes amis sous les eucalyptus. Je me dirigeais vers le bâtiment discret de l’infirmerie.
C’était l’heure de mon bilan de santé annuel. Ces rendez-vous, au cœur de cette institution où se croisaient les cultures et les générations, avaient toujours quelque chose de solennel. En franchissant le seuil, l’odeur caractéristique de l’éther et du désinfectant vint me saisir, un contraste saisissant avec l’air chargé de poussière et de fleurs qui régnait dehors.
À l’intérieur, le calme était absolu. L’infirmière m’accueillit avec ce sourire bienveillant et professionnel qui semblait être le trait d’union entre tous ceux qui passaient par là. « Prêt pour le check-up ? » demanda-t-elle doucement.
Je m’assis sur le rebord de la table d’examen en papier kraft. Alors qu’elle préparait ses instruments, je plongeai mon regard par la fenêtre entrouverte. De là, je pouvais apercevoir une partie de la cour. Des élèves couraient, riaient, discutaient avec cette insouciance propre à la jeunesse éthiopienne et française qui habitait ces lieux. Rien ne semblait pouvoir entamer cette harmonie.
Pendant qu’elle vérifiait ma tension et mes réflexes, le silence ne me parut pas pesant. Il était propice à la réflexion. J’étais là, au cœur de Guebre-Mariam, ce lieu où l’on apprenait bien plus que des formules mathématiques ou des dates d’histoire : on y apprenait la cohabitation, le respect, le partage.
« Tout est parfait », déclara-t-elle finalement en notant les résultats dans mon carnet.
Je me levai, ajustai mon sac à dos et la remerciai. En sortant, j’inspirai profondément. L’air d’Addis semblait plus léger. Ce bilan n’était pas qu’une formalité médicale ; c’était une parenthèse qui m’avait permis de réaliser la chance que j’avais : celle d’évoluer dans un environnement où, malgré l’agitation du monde extérieur, une forme essentielle de sérénité était préservée.
Je marchai vers mes camarades, le cœur léger. En ces murs, au-delà des classes, des examens et du tumulte quotidien, régnait une vérité simple, presque tangible : la PAIX.

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